Sic transit gloria mundi
Ainsi passe la gloire du Monde1

Rien n’est éternel (même si le quart d’heure de gloire cher à Andy Warhol durait un peu plus longtemps dans l’Antiquité, car l’Histoire n’avait pas encore mis le pied au plancher2). Durant des siècles et par delà les frontières, les vins les plus reconnus de la République romaine3, le Falerne et le Cécube, n’eurent de cesse de se disputer la place la plus éminente de la hiérarchie des grands crus. L’essor de leur réputation semble coïncider avec l’extension de la puissance romaine puisqu’en l’an 120, l’«AOC » Falernum voit le jour et que le Cécube connaît sa première mention chez Varron4. Les premiers grands crus romains sont produits dans des régions devenues très tendance depuis les années 130-120.
Quant à l’exiguïté, voilà une situation loin d’être incompatible avec de substantiels bénéfices. Toutefois, si l’on y ajoute les idées du plus extravagant des empereurs romains, le micro-terroir paludique du Cécube ne survécut pas. Que ce déclin soit causé par un empereur mégalo, un volcan en colère ou l’expansion économique, « le temps dévore tout » (tempus edax rerum9)…même les plus prestigieux vignobles.
2 Daniel Halévy, Essai sur l’accélération de l’histoire, 1948
3 Techniquement, la période qui va de 509 à 27 avant notre ère, entre la royauté et l’empire.
4 Varron, Satires Ménippées, 38; Varron est un érudit latin qui redigea plus de 70 ouvrages sur des sujets divers comme la grammaire ou l’agriculture; le traité philosophique mentionné date des environs de 67 avant notre ère.
5 Martial, XIII, 115
6 Pline, Hist Nat , XVI, 173
7 Après la victoire d’Octave sur Antoine et Cléopâtre (bataille d’Actium en 3l avant notre ère), il faut fêter la concorde retrouvée et le grand poète Horace déclare « Nunc est bibendum » (maintenant il faut boire) et c’est naturellement le Cécube qu’il exhorte ses lecteurs à consommer. Horace, Carm, I, 37
8 Pline, Hist Nat, XIV, 61
9 « Le temps qui dévore tout », Ovide, Métamorphoses, XV, 234
