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Objectif 79 – août 2013

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Des goûts et des couleurs

Notice de l’illustration : Après Galien, la médecine byzantine est la digne héritière d’Hippocrate, représenté ici chevauchant le Simurgh, oiseau fabuleux de la mythologie perse. Marc Lagrange, La médecine et le vin, Bordeaux, Féret, 2012. p. 43

Le vin délie la langue comme l’analyse dénoue un problème. D’ailleurs, l’origine étymologique de l’analyse est le verbe grec signifiant délier1 . La Grèce nous offrit aussi Epicure2 et sa pensée. Dès lors, ce n’était qu’une question de temps pour que se développe une science de la dégustation.

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Objectif 78 – mars 2013

De la distinction

Le bateau de Neumagen se trouve au Musée archéologique de Trèves. Il témoigne du commerce du vin existant sur la Moselle dès le IIIe siècle. Appelée Flumen Musella par les Romains, elle figure sur la Table de Peutinger. C’est aussi un carrefour entre l’Allemagne, le Luxembourg et la France. Le vignoble français dispose d’une « AOC Moselle » depuis 2011.

On distingue généralement le patrimoine naturel et culturel, id est où la main de l’Homme a posé son grain de sel, voire ses terrasses comme en Lavaux. Mais si la vigne est affaire humaine, le vin en plus d’être divin est bien une histoire de comm1, qu’il s’agisse de commerce ou de communication.

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Objectif 77 – août 2012

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L’eau, la vigne et les hommes

Mosaïque romaine représentant les vendanges d’une vigne en Pergola, exposée au musée archéologique de Cherchell.

La vigne et la Méditerranée sont intimement liées et malgré quelques désaccords culturels, le vignoble a prospéré sur la côte algérienne. Il a su se plaire notamment dans le climat semi-aride de l’Oranie2.

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Objectif 76 – mars 2012

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Tu es sable, et sur ce sable…

L’instituteur landais François Baco créa à la fin du XIXe des hybridations pour résister au phylloxéra. Une douzaine de sélections ont été obtenues, dont le Baco 22 A (dit « piquepoul du pays » dans l’AOC Armagnac) ou le Baco 2-16, sensible au phylloxéra mais permettant de très jolies tonnelles.

Il est un cas où le fils du grand architecte de l’Univers n’est pas à prendre au pied de la lettre. C’est Matthieu qui nous relate la parabole des deux maisons : pour différencier l’homme sensé du fou (ou le bon chrétien du mauvais), ce sont les fondations qui font foi et les pluies, les torrents et les vents viendront à bout de celles bâties sur du sable1.

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Objectif 75- août 2011

Ce sont les vignes soignées qui donnent le vin en abondance…

Coton teint à la garance, exposé au Musée d’art et d’histoire d’Orange.

…Ainsi Ovide débute-t-il ses conseils sur l’usage des fards dans son fameux traité érotique L’Art d’aimer1. Parmi les soins qui confèreront un joli visage, il est un subterfuge à base de vin, mais il recommande d’y recourrir avec discrétion: « qui pourrait, sans dégoût, voir la lie de vin qui enduit tout votre visage, couler, entraînée par son poids sur votre sein tiède? ».

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Objectif 74 – mars 2011

Similia similibus curantur

Grappe en forme de coeur, rouge sang. Selon le principe «similio similibus curantur» (les semblables soignent les semblables), le raisin rouge serait propice au traitement des problèmes coronariens.

Dans la symbolique romane, Le Créateur souhaite être reconnu par l’Homme non seulement au travers de la révélation mais encore dans le miroir de son oeuvre. Ainsi, à chaque désordre, le démiurge opposa un remède et les signes pour le reconnaître. Cette marque, c’est la signature considérée comme représentative et même exclusive. Elle serait la particularité de conformation ou de coloration des plantes d’après lesquelles on les jugeait convenables dans telle ou telle affection. Cette similitude de forme, contour ou couleur doit servir d’indicateur pour une vertu thérapeutique1.

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Objectif 73 – août 2010

« Avec leurs mains dessus leurs têtes, ils avaient monté des murettes… »

Spean Thma, littéralement «pont de pierres», traversant la rivière Siem Reap au 16e siècle (entre Angkor et le Baray occidental, Cambodge)

Comme le dit Fernand Braudel1 de la Méditerranée, la beauté des choses dissimule bien souvent les trahisons de la géologie et du climat2. Il a fallu tout y construire, souvent avec peine. Un paysage créé de mains d’hommes est fragile : les murettes sont sans cesse à reconstruire ; que l’homme relâche un moment son attention et ses soins, et les terrasses patiemment édifiées à flanc de montagne s’effondrent, envahies par les broussailles. La nature se mélange alors au travail de l’homme et crée un nouveau paysage, tel le Spean Thma , pont de pierre à Angkor, où végétation et pierres sont dorénavant indissociables3.

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Objectif 72- mars 2010

Cuisine andalouse

Mosquée omeyade de Cordoue, aujourd’hui la Sant ‘Iglesia catedral de Cordoba. Détail du Mirhab (niche qui sert à indiquer la direction de la Mekke). La ville une fois reprise par les Chrétiens (début XIIIe s), une partie de la mosquée fut profodément modifiée pour lui donner un air plus catholique, ce qui fit dire à Charles Quint « Vous avez détruit ce qui était unique au monde pour faire ce que tout le monde fait ». La mosquée de Condoue a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1984.

Le Patrimoine mondial de l’Humanité contiendra peut-être un jour une rubrique « culinaire» si on suit les voeux du chef d’un certain Etat voisin. Si les recettes de la biodynamie ne bénéficient pas encore d’un tel soutien, elles ne sont du moins plus interdites voire furieusement tendance. Elle intéresse de plus en plus de pays, mais les spécificités culturales et culturelles de la pensée de Rudolf Steiner ne sont pas des plus universelles.

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Objectif 71 – août 2009

Sic transit gloria mundi
Ainsi passe la gloire du Monde1

Squelette avec brocs (mosaïque). Sujet inspiré par la philosophie épicurienne.

Rien n’est éternel (même si le quart d’heure de gloire cher à Andy Warhol durait un peu plus longtemps dans l’Antiquité, car l’Histoire n’avait pas encore mis le pied au plancher2). Durant des siècles et par delà les frontières, les vins les plus reconnus de la République romaine3, le Falerne et le Cécube, n’eurent de cesse de se disputer la place la plus éminente de la hiérarchie des grands crus. L’essor de leur réputation semble coïncider avec l’extension de la puissance romaine puisqu’en l’an 120, l’«AOC » Falernum voit le jour et que le Cécube connaît sa première mention chez Varron4. Les premiers grands crus romains sont produits dans des régions devenues très tendance depuis les années 130-120.

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Objectif 70 – mars 2009

Parenthèse sulfureuse

« Statue de Lucuis Uinius Moderatus Columella », dit Columelle, célèbre agronome romain du 1er siècle après Jésus-Christ, sur la Plaza de la Flores, à Cadix, sa ville natale, en Hispanie Bétique (aujourd’hui Espagne)

«De toutes les appellations de vin, la meilleure est celle qui peut se conserver sans apprêt, et qu’il n’y faut absolument rien mêler qui altérerait sa saveur naturelle»1. Ce n’est jamais à la légère que Columelle se lit: un des plus grands agronomes de l’Antiquité, convaincu que la vie à la campagne est la seule conforme à la morale et à la justice, un économiste crypto—physiocratique qui veut sortir l’Italie de la crise de sous-production due à une inadéquation des moyens de production qu’elle connaissait au Ier siècle de notre ère, un adepte du pragmatisme qui tient au retour sur investissement, ce qui confère à ses exhortations une acuité dénuée de romantisme puisqu’il ajoute «que le moût se conserve, ou au moins, puisse durer jusqu’à la vente»2

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